Voyage de Calmy-Rey à Téhéran

Alors que les mollahs ont obtenu un nouveau délai de 90 jours pour se conformer aux recommandations du Conseil de Sécurité, au lieu d’examiner l’offre économique alléchante de la communauté internationale et de suspendre leurs activités nucléaires, ils ont repris le cour de leurs efforts pour diviser la communauté internationale. Ils ont ainsi accéléré la signature d’un contrat de livraison de gaz iranien à la Suisse. La ministre suisse des affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey est le 17.03.2008 à Téhéran à cet effet.

Ce projet gazier dépend en effet entièrement de la crise nucléaire. Il avait d’ailleurs été initié par l’actuel ministre iranien du pétrole  Nozari en septembre 2007 alors que Téhéran s’attendait à l’adoption d’une nouvelle résolution, résolution qui fut finalement adoptée en mars 2008. Son importance ne tient pas au volume annuel des 5,5 milliards de mètres cubes de gaz que l’Iran devrait fournir à l’entreprise zurichoise d’Electricité de Laufenbourg (EGL), mais au tube qui doit acheminer ce gaz vers la Suisse via la Turquie et l’Italie. Ce tube est le futur gazoduc Trans Adriatic Pipeline (ou TAP) qui entend rivaliser avec les gazoducs russes qui permettent à Gazprom de contrôler le marché européen.

Le régime des mollahs cherche à tenter les différents Etats de l’Europe par des projets gaziers qui permettraient de réduire la dépendance de l’Europe vis-à-vis de la Russie. Ainsi, le 13 février 2008, deux semaines avant l’adoption de la dernière résolution, Téhéran évoquait la création d’un autre gazoduc alternatif le White Stream qui propose de relier l’Asie Centrale à l’Europe via le territoire iranien. Les objectifs de ces ponts d’or sont d’ordre diplomatique ou géopolitique. Ces tentations n’ont pas pour objectif de faire de l’Iran un partenaire fiable de l’Europe mais de briser l’unité internationale en gagnant l’appui de certains Etats afin qu’ils s’opposent aux options du Conseil de Sécurité ou qu’ils plaident avec les mollahs en faveur d’une suspension des sanctions ou d’un dessaisissement du Conseil de Sécurité.

Grâce à son statut de pays européen neutre, la Suisse est parfaitement située pour jouer ce rôle d’allié anti sanctions ou anti isolement mais rien de plus. Par exemple, elle ne peut espérer jouer un rôle diplomatique dans la solution de la crise nucléaire comme elle l’avait espéré en octobre 2007. Sa proposition de double suspension simultanée, de l’enrichissement par l’Iran et des sanctions par l’ONU, a été très fraîchement accueillie à Téhéran.

En revanche, puisque l’Iran n`attire plus les investisseurs étrangers, la Suisse peut espérer combler ce manque. C’est Téhéran qui décide du rôle accordé à la Suisse. En augmentant le volume de leurs échanges commerciaux bilatéraux, l’Iran promet à la Suisse de l’installer durablement dans le classement de tête de ses partenaires commerciaux.

Mais cette promotion a un prix : Affublée d’un tchador, Calmy-Rey doit s’afficher sans vergogne avec les mollahs à Téhéran pour parler de business et des droits de l’homme !

Le cynisme de cette approche séduit les mollahs ! Le régime des mollahs entend montrer qu’il est en mesure de briser l’isolement diplomatique que lui imposent les Etats-Unis et ses alliés, et même faire plus. En offrant un pont d’or aux suisses en échange de cette visite diplomatique, Téhéran espère titiller les alliés européens des Etats-Unis qui ont des intérêts gaziers en Iran. Au premier rang de ces alliés se trouvent les français, qui sont actuellement l’objet d’un lobbying intensif des mollahs pour obtenir un voyage officiel de Kouchner à Téhéran.