Les opposants de toutes les tendances se sont tournés vers la Turquie parce que ce pays disposait d’une frontière avec l’Iran et qu’elle était le premier pays où des ambassades compréhensives pouvaient être jointes

Au tout début de la révolution, les risques encourus lors du voyage par la Turquie étaient du fait des passeurs ou des policiers turcs prêts à détrousser les fuyards. Ces derniers espéraient être appréhendés par les militaires turcs, réputés plus honnêtes. Par la suite, la République Islamique a mis en place un système pour l’enlèvement, la séquestration et le renvoi des exilés iraniens par des agents du Vevak (le Ministère des Renseignements et de la Sécurité d`iran) travaillant comme diplomates dans l’amabassade iranienne en Turquie. L’actuel Ministre des Affaires étrangères a longtemps été en charge de ce travail en Turquie. Par ailleurs, le régime des mollahs a très rapidement conclu un accord avec la Turquie qui lui permet de poursuivre les opposants en fuite sur le territoire turc. Ainsi les forces des gardiens de Révolution font de régulières excursions en Turquie dans cette zone de 40 Km afin d’intercepter les opposants iraniens en fuite ou installés en Turquie. Ces forces sont sous la direction du Prefet de la province d’Azerbaïdjan d’Iran

Le désir actuel de la Turquie d’entrer dans l’Union Européenne a quelque peu rassuré les réfugiés Iraniens. Chacun espérait une recrudescence du respect des droits de l’homme et une meilleure situation pour les réfugiés

Cependant, si la Turquie  se dit enthousiaste à l’idée de se conformer aux règlements européens, il n’en demeure pas moins qu’il entend perpétuer les bonnes habitudes et même les améliorer : désormais, ce ne sont plus les diplomates iraniens qui s’occupent du cas des réfugiés mais le gouvernement turc qui les refoule à la frontière

Mais les liens entre l’Iran et la Turquie sont complexes et ambigus : la Turquie refuse son espace aérien au passage des avions iraniens à destination de la Syrie mais concernant les opposants en fuite, elle a durci ses positions. Ce durcissement est sans doute lié à la nécessité pour les Turcs d’observer une plus grande neutralité vis-à-vis la politique aventureuse des mollahs en matière nucléaire

Ce pays musulman dirigé par des islamistes a renforcé la surveillance de son espace aérien pour satisfaire l’allié américain et empêcher le ravitaillement en armes du Hezbollah et en contrepartie, il a resserré l’étau autour des opposants en fuite, ce qui contribue aussi à améliorer les liens commerciaux qui existent entre les habitants Turcs et Iraniens des provinces frontalières. Cette décision d’apparence policière a surtout un volet commercial non négligeable. Ankara gagne en effet énormément chaque année avec le trafic d’essence avec l’Iran

De plus, les Turcs font d’une pierre deux coups, ils montrent leur solidarité avec un état musulman et en même temps ils se protègent de l’infiltration des faux opposants et vrais agitateurs (qui pourraient regagner l’Irak via la Turquie). Le défaut de cette politique complexe et ambiguë est une plus grande détérioration des conditions des réfugiés iraniens, conditions déjà peu supportables  

Aujourd’hui les opposants iraniens se méfient de la Turquie et faute de mieux, ils s’enfuient vers le Pakistan islamique. De nombreux autres pays dépourvus de frontières communes avec l’Iran procèdent également comme la Turquie afin d’améliorer leurs relations commerciales avec Téhéran. Ainsi la Grèce est allée même plus loin que la Turquie et récemment, elle a rendu aux autorités iraniennes des personnes qui avaient obtenu l’asile politique en Grèce. Des iraniens convertis au christianisme ont également été expulsés à leur tour. On pourrait craindre une généralisation de ce procédé qui n’émeut guère les défenseurs des droits de l’homme