Washington avait laissé jusqu’au 31 décembre 2009 aux mollahs pour accepter sa proposition d’un allégement de son stock d’uranium pour mettre fin à la crise nucléaire. Nous avions affirmé que Téhéran refuserait, mais aussi que Washington ne prendrait aucune mesure hostile suite à cette réponse négative et c’est ce qui arrive : Hillary Clinton a exclu toutes nouvelles sanctions, mais aussi elle a refusé de définir une nouvelle date butoir !

 

Il y a plusieurs mois, dans nos émissions vers l’Iran, nous assurions les Iraniens qu’il n’y avait aucune chance que les mollahs acceptent l’offre de dialogue américain et aussi que les Américains attaquent l’Iran. Cette affirmation qui se vérifie chaque jour est basée sur l’histoire secrète de la révolution islamique.

 

Un passé qui se répète | En 1979, cette révolution a renversé la Chah car elle avait le soutien de Washington d’une part en raison de l’hostilité américaine à la politique d’émancipation énergétique du Chah (création de l’OPEP en 1961 et refus en 1973 de reconduire le contrat de 1954 avec le consortium) et d’autre part, en raison de l’adoption par les Etats-Unis de la doctrine Bryeyinski qui stipulait la création d’Etats islamiques en Iran et en Afghanistan pour déstabiliser l’Asie Centrale soviétique et la région musulmane de Xinjiang. Le Chah a en fait été éliminé par deux types d’adversaires :

 

Les membres du consortium pétrolier (les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Hollande) pour son refus de vendre presque gratuitement le pétrole iranien et aussi directement par Washington pour ses propres objectifs. Mais Washington voulait utiliser les trois autres pays pour réussir ses propres objectifs. Dans ce groupe de trois présumés pigeons, un Etat était au courant de ce projet : la Grande-Bretagne qui depuis 1848 a toujours utilisé le clergé chiite pour prendre en main le pouvoir.

 

Ces mollahs alliés historiques de la Grande-Bretagne et qui sont aujourd’hui au pouvoir en Iran ne faisaient pas partie du projet américain : Washington avait basé son projet sur Nehzat Azad, un parti politique islamiste et fédéraliste, créé par Bazargan, l’ayatollah Taleghani et Ali Shariati quelques mois après la création de l’OPEP et la branche armée de ce parti, l’Organisation de Moudjahiddines du Peuple. Nehzat Azadi et l’OMPI devaient renverser la monarchie, symbole de l’unité nationale depuis 2500 ans pour la remplacer par une république islamique fédéraliste, puis dissoudre l’armée nationale, ciment de la stabilité du pays et de la région pour la remplacer par une milice islamique chargée de répandre la révolution islamique dans la région, c’est-à-dire les pays voisins du Caucase et l’Asie Centrale.

 

Mais ces deux groupes aux objectifs précis définis par Washington avaient un problème : ils n’avaient pas de base populaire et ils étaient mal vus par le clergé qui les voyait comme des concurrents. On peut même parler d’une guerre ouverte entre les deux, dont l’un des épisodes pourrait être l’élimination du plus jeune et charismatique des 3 fondateurs de Nehzat Azadi, Ali Shariati pendant un voyage à Londres juste après le début du projet américain en 1977. Il a donc fallu une alliance avec le clergé chiite dont le résultat a été la création en France d’une cellule révolutionnaire hybride avec Khomeiny entouré des hauts membres de Nehzat Azadi pour mener la révolution, les coups mortels ou encore rédiger la constitution ou la charte des Pasdaran.

 

Cette alliance a permis la victoire et l’Iran s’est vu doté d’un gouvernement provisoire à 100% composé par les membres de Nehzat Azadi, mais Washington avait oublié un détail : les mollahs et leurs alliés de l’intérieur étaient plus nombreux que les gens de Nehzat Azadi. Ce sont des gens issus de l’entourage des mollahs, c’est-à-dire les Bazaris ou les paysans, qui se sont enrôlés dans la milice islamique des Pasdaran dont la charte avait été composée à Paris par les gens de Nehzat Azadi !

 

L’alliance a vacillé le 9 septembre 79 avec la mort suspecte de l’ayatollah Taléghani, le second fondateur de Nehzat Azadi et fut définitivement rompue le 4 novembre 79  quand les mollahs et les Pasdaran ont pris l’ambassade américaine pour publier les documents liant Washington à Nehzat Azadi. Une politique qui se répète  A cette date, Washington a commencé une politique de sanctions et de dialogue (citée aujourd’hui par Clinton) dont l’objectif a été une seule chose : contraindre Téhéran à accepter l’organisation des élections libres, c’est-à-dire ouvertes à ceux de Nehzat Azadi pour reprendre en main cette république qu’il avait créé pour un but précis.

 

Depuis 30 ans, il y a d’une part une nécessité de refuser tout dialogue à Téhéran et une nécessité de parvenir à une entente qui se traduit par des sanctions à petit feu. Il y a 7 ans, quand la Chine est devenue plus présente sur le marché pétrolier, Washington a décidé d’augmenter les sanctions pour arriver à ses fins avant que Pékin ne devienne une grande puissance pétrolière. Il a alors parlé de l’éventualité que la république islamique d’Iran se dote d’armes de destructions massives. S’il voulait renverser le régime, il aurait comme dans le cas de Saddam parlé de la possession d’armes et non de l’éventualité d’une dérive d’un programme nucléaire en grande difficulté par manque de compétence scientifique. Dès le départ, Téhéran a choisi la voie de la surenchère pour provoquer une escalade guerrière afin que ses clients pétroliers, l’Europe et le Japon, fassent pression sur Washington pour abandonner la lutte. Il s’est ainsi retrouvé à simuler des progrès nucléaires par provocation, mais on a alors vu les Américains produire un rapport de la CIA stipulant que Téhéran était loin de la bombe.

 

Washington a ainsi gardé la gestion de la crise pour continuer ses sanctions à petit feu, avant de s’apercevoir en août 2008 que Téhéran était au bord de l’effondrement, il a alors allégé les sanctions (puisqu’elles sont les siennes) avant d’introduire la politique de dialogue et de la main tendue d’Obama. Téhéran a refusé cette main tendue en février 2009, puis en avril 2009 et ainsi de suite à la dernière date butoir fixée pour fin 2009, date prévisible de sa capitulation. Washington a tout simplement aboli le principe de la date butoir car il ne peut en aucun cas se résoudre à perdre cette république islamique instable. Washington peut attendre encore longtemps, les mollahs ont trop à perdre pour accepter. Pour se sortir définitivement d’affaire, ils ont même imaginé un scénario de révolution de couleur, la révolution verte, qui devait être la version 100% mollah de la révolution américaine de 1979.

 

Nous avons informé nos compatriotes que tel était la donne et nous les avons priés de ne pas participer à la comédie verte pour priver Téhéran du succès de son projet et Washington de toute possibilité d’entente pour qu’il soit contraint de faire adopter enfin une autre politique, du moins des sanctions économiques touchant les produits de consommation pour que les prochaines manifestations des Iraniens ne puissent être assimilées à la révolution verte des mollahs, mais à un rejet du régime. Notre radio a été privée de canal sur le satellite européen Hotbird et on pouvait lire dans le New York Times du 3 janvier que la diplomatie américaine n’évoque plus de sanctions commerciales étendues contre l’Iran, ni la mise en place d’un embargo sur la vente d`essence afin de ne pas « mettre en colère les Iraniens qui manifestent dans les rues ».

 

La suite vaut son pesant de pancakes à l’effigie d’Obama : la diplomatie américaine serait uniquement en faveur de sanctions ciblées contre les Gardiens de la révolution, la milice qui lui a fait faux-bond le 4 novembre 1979 !

Mais ce n’est pas tout, en sous-main Washington cherche à répondre à la révolution verte des mollahs par sa propre révolution verte, basée sur un Islam Vert et tolérant, révolution qui sera menée par un mollah nommé Mohsen Kadivar (ex-élève de Montazeri) qui enseigne l’Islam à l’université américaine de Duke dans la verdoyante région de Caroline du Nord !