Il y a un mois, Téhéran acceptait de reprendre le dialogue pour échapper à de nouvelles sanctions américaines. Dans le cadre de ce dialogue, il s’était engagé, selon un plan américain, à échanger 75% de son stock d’uranium enrichi à 3,5% contre 200 à 300 kg de combustible nucléaire à base d’uranium enrichi à 20% pour alimenter le réacteur iranien  de recherche de l’université de Téhéran en activité depuis 1967. Washington espérait ainsi réduire le stock iranien d’uranium faiblement enrichi pour baisser le niveau de gravité du programme nucléaire iranien pour éviter l`adoption de nouvelles sanctions. Téhéran vient de faire savoir qu’il ne veut pas de cette solution.

 

Téhéran n’a pas encore donné sa réponse officielle prévue pour la semaine en cours, mais il a laissé entendre qu’il n’allait pas livrer 75% de son stock d’uranium faiblement enrichi à l’AIEA. Son raisonnement est que le réacteur de l’université de Téhéran est vieux et devra bientôt être abandonné quand entrera en activité celui d’Arak. De fait, il n’aurait pas besoin de 200 à 300 kg de combustible nucléaire à base d’uranium enrichi à 20%, mais uniquement de 15 à 20 kg suffisant pour faire fonctionner le réacteur de Téhéran pour une dizaine d’années. Il livrera donc le volume d’uranium enrichi à 3,5% nécessaire pour être transformé en 20 kg de combustible soit environ 350 kg ou 23 % de son stock. Les chiffres ont leur importance car selon les experts, avec 1100kg d’uranium enrichi à 3,5% on peut théoriquement fabriquer 21 kg d’uranium enrichi à 80%, la matière nécessaire pour une bombe nucléaire. En fait, Téhéran a calculé le volume de combustible dont il aurait besoin pour qu’il reste en possession d’un peu plus de 1100 kg d’uranium faiblement enrichi pour garder le potentiel théorique d’une capacité nucléaire militaire. Il a aussi annoncé la poursuite de son programme d’enrichissement pour augmenter ce stock.

 

Téhéran a ainsi fait savoir qu’il ne souhaitait pas aller dans le sens de l’apaisement voulu par Washington. Téhéran refuse ce processus car il n’a rien d’un apaisement : Obama continue d’appliquer les sanctions conçues par ses prédécesseurs Clinton et Bush, mais il prend son temps. En fait, il mène une guerre d’usure contre les mollahs : pour les affaiblir sans les renverser afin de les forcer à reconsidérer son offre d’entente bilatérale. Pour les Américains, l’enjeu de cette entente est d’obtenir un couloir d’accès vers l’Asie centrale, mais aussi de contrôler les mollahs, pour contrôler la rue arabe afin d’en faire un facteur de nuisance contre la Chine et la Russie (pays qui sont en guerre contre leurs musulmans dans le Xinjiang et le Caucase). En échange de cette alliance très utile pour les Etats-Unis, Téhéran exige le prix fort : le droit de préserver ses milices armées, le Hamas et le Hezbollah, afin d’avoir un moyen de pression contre son futur allié américain. En réponse, Washington a choisi la guerre d’usure et il est dans son intérêt de faire durer le processus. En revanche, Téhéran doit abréger le processus car plus cela dure et plus il sera vulnérable.

 

Les mollahs ont refusé car ils ne veulent pas de cette entente imposée par les sanctions et ils n’ont pas les reins pour supporter encore 12 mois de sanctions. Ils préfèrent insinuer une capacité nucléaire militaire pour aller très vite à la confrontation car ils ont la certitude que l’Amérique profonde ne veut plus d’une nouvelle guerre et l’Europe craint la rupture de son approvisionnement pétrolier via le Golfe Persique. Avec la proposition d’un échange de 75% du stock iranien contre du combustible franco-russe, Washington espérait continuer dans cette voie. Téhéran a trouvé la parade pour garder son stock à un niveau anxiogène afin de garder la gestion de la crise.

 

Immédiatement, des « experts » liés à Washington (comme le britannique David Albright de l’institut ISIS) ont pris la parole pour annoncer des capacités techniques réduites qui empêcheraient Téhéran d’avoir une bombe avant au moins 18 mois ! Probablement en 2013 selon Albright, en 2014 selon Meir Dagan, le patron de Mossad !

 

Téhéran aura beau préserver son soi-disant potentiel anxiogène, Washington esquivera toutes ses provocations pendant encore 4 à 5 ans durant lesquels il le travaillera au corps avec des sanctions déjà en place.