Sous le régime des mollahs où tout est scénarisé, au moment où Ahmadinejad s’apprête à annoncer la composition de son gouvernement, on laisse entrevoir la composition de son opposition. L’ex-président réformateur Khatami et Karroubi ont rejoint le nouveau parti politique 100% islamique fondé par Moussavi : le « Chemin Vert de l’Espoir » qui se veut un « réseau social associatif musulman au service de la Constitution Islamique de 1980 ». Le contenu est flou, le programme inexistant, mais le spectacle sera assuré par la présence des trois ténors.

 

La grande coalition entre Khatami, Karroubi (conseiller du guide suprême et rival de Khatami) et Moussavi est présentée par les médias liés au régime comme un événement voire une victoire sans précédent. Mais elle est loin d’être une victoire pour le régime, c’est même plutôt le contraire.

Cette coalition est le résultat de l’échec du Mouvement Vert qui a trahi les aspirations des Iraniens au changement, et qui, pour cette raison, n’arrive pas à mobiliser les foules.

 

Si le régime disposait d’une large assise populaire comme à ses débuts, il aurait pu nous offrir le spectacle de plusieurs partis d’opposition qui auraient simultanément rempli plusieurs grandes mosquées de Téhéran pour défier le président élu dans le cadre de la constitution islamique. Et c’est justement parce qu’il n’a plus cette capacité à mobiliser les foules, qu’il a décidé de créer une seule structure qui en plus ne se veut pas un parti mais un réseau social !

Derrière cette coalition surmédiatisée il y a une absence d’effectif, de présence populaire si nécessaire pour donner un quelconque crédit à cette opposition fidèle à la révolution islamique. La publicité abusive donnée à cette coalition par une persécution artificielle à l’encontre de ses membres est aussi une manière de faire oublier l’absence de programme, une absence déguisée en « démocratie participative ». Si le régime et ses médias zappent le sujet, c’est bien parce que personne au sein de ce régime ne veut d’un programme alternatif pour sortir de la crise nucléaire. Le seul propos est de simuler une opposition, point barre. Pour tenir la distance sans une présence populaire et sans un embryon de programme, l’accent sera mis sur la qualité des dirigeants qui seront présents en tant que hommes-sandwichs. Outre les 3 ténors qui sont censés représenter le dialogue ou la modération, il y aura aussi une quarantaine de figures issues du banc des accusés du procès en cours : ils seront censés représenter le peuple contestataire qui rejette, non pas le régime, mais uniquement le "coup d`Etat d`Ahmadinejad"

 

Une fois en place et reconnue comme représentative du peuple iranien, cette opposition ne fera qu’une chose : contester la légitimité du président élu, c’est-à-dire le prétexte initié par le Mouvement Vert pour bloquer les négociations afin de créer une crise supplémentaire encore plus grande qui nécessiterait un arrangement immédiat pour éviter le pire (une guerre). Pour Téhéran, l’arrangement idéal  serait le droit de disposer des milices armées au Liban et en Palestine ainsi qu’un droit à l’enrichissement pour pouvoir séduire la rue arabe en agitant la menace de la destruction d’Israël. Cet arrangement est bien sûr impossible. C’est pourquoi le régime doit aller chercher les crises les plus aiguës pour espérer y atteindre. Il le fait car il a toujours vécu dans ce schéma et tient le Hezbollah et sa capacité de nuisance pour son assurance vie.

La nécessité vitale du Hezbollah est un point de vue partagé par les dirigeants réels du régime comme Rafsandjani, Moussavi et Karroubi qui sont membres du Conseil de Discernement, mais aussi par ceux comme Kmihati qui n’en sont pas membres, mais participent au jeu en assumant les rôles de modérateurs, de réformateurs ou de dissidents pour calmer le jeu quand s’approche la menace de nouvelles sanctions.

C’est un régime uni, pétrifié et incapable d’un compromis pour sauver sa peau. C’est pourquoi cette coalition des mêmes au pouvoir depuis 30 ans nous paraît extrêmement positive pour des millions d’Iraniens qui souhaitent le changement du régime. Cette rigidité sera récompensée par des sanctions sur l’importation de l’essence qui va affaiblir la milice mais aussi provoquer des désertions dans ce corps composé d’enfants pauvres des faubourgs. Le Chemin Vert de l’Espoir porte finalement bien son nom.