Il y a une semaine, le G8 a donné deux mois aux mollahs pour accepter l’offre des Six sous peine de renforcer les sanctions contre l’Iran. En réponse, Téhéran vient de changer le directeur de son programme nucléaire en nommant Ali Akbar Salehi qui prône le dialogue après une suspension provisoire de l’enrichissement, conformément aux exigences de l’offre des Six. Téhéran a vraiment peur de nouvelles sanctions.

 

Si les médias occidentaux évoquent toujours le danger d’une bombe nucléaire iranienne en faisant prévaloir des inquiétudes régionales, pour les mollahs la crise nucléaire se résume à une seule réalité inquiétante : l’impact grandissant des sanctions sur leur économie déjà essoufflée par des années de gestion approximative.

 

Téhéran doit absolument mettre un terme aux sanctions bancaires américaines mises en place pour la dissuader de continuer son programme nucléaire. Cela est devenu une nécessité : le secteur gazier est en panne sèche d’investissement et de ce fait, l’Iran ne peut pas exploiter le champ gazier Pars sud qu’il partage avec le Qatar. Le voisin arabe va bientôt commencer à pomper du gaz normalement dévolu à l’Iran.

 

Autre méfait des sanctions, le constructeur automobile Iran Khodro, ex Iran National (fleuron de la réussite industrielle iranienne dans les années 60 et 70), un groupe que l’on estime à 10 milliards de dollars aurait des dettes équivalentes à sa valeur. Selon les rumeurs, Iran Khodro va se déclarer en faillite sous peu après 12 mois d’efforts infructueux, un dégraissage de 20.000 emplois et l’injection de millions de dollars pour la sauver. 35.000 emplois restants, 6 milliards de dollars d’actions détenues par le secteur privé ainsi que les banques faisant partie du groupe sont en jeu. Avec la perte des emplois indirects, cela représente près de 3% des salariés iraniens actuellement épargnés par le chômage!

 

Viennent s’ajouter à cela 10 journées de révolte qui ont ébranlées les bases du régime. C’est ce qui explique le petit revirement sur le programme nucléaire avec l’arrivée d’Ali Akbar Salehi qui prône le dialogue après une suspension de l’enrichissement. Son orientation correspond exactement à la proposition contenue dans l’offre des Six où il était également question d’une suspension des sanctions le temps de négociations. Téhéran veut souffler.

 

On imagine qu’il veut souffler longtemps, profitant de ce repos sur le bas-côté de la route pour faire le plein d’investissements. Mais cela ne sera pas possible, car aussitôt que le nouveau responsable du programme atomique de l’Iran a parlé d’apaisement et de dialogue, les diplomates occidentaux ont évoqué certains travaux balistiques iraniens réalisés à l’abri des inspections de l’AIEA et « la possibilité pour l’Iran de tester une arme nucléaire d’ici six mois ! »

 

La déclaration d’origine américaine précise que « l’Iran ne prend toutefois pas le chemin de la réalisation de ces tests, ne souhaitant apparemment pas une confrontation directe avec l’Occident, ou une probable frappe israélienne ! »

 

En d’autres termes, des manoeuvres dilatoires sont exclues. Les Occidentaux, et en particulier les Américains, ne laisseront pas les mollahs se refaire une santé économique avant de remettre en cause leurs nouveaux engagements. Si Téhéran en prenait le chemin, on verrait alors surgir du néant une nouvelle accusation plus forte nécessitant immédiatement de nouvelles sanctions.