Après son entretien avec Obama, Benjamin Netanyahu a laissé entendre qu’il était libre d’agir pour défendre Israël si le dialogue américain échouait avec l’Iran. Cette déclaration qui sonne comme déjà entendue à maintes reprises contient un élément nouveau.

 

Avant la rencontre Obama-Netanyahu, Haaretz avait évoqué une interdiction formelle des Etats-Unis de toute attaque israélienne contre l’Iran. Nous n’avons guère commenté cette nouvelle car elle ne nous paraissait pas crédible. Notre flair s’avère juste : à l’issue de leur entretien, Obama a laissé Netanyahu dire qu’il agirait si le dialogue américain avec les mollahs échouait. Mais aucune date n’a été évoquée !

La déclaration de Netanyahu est donc dans la droite ligne des évocations américaines de l’option militaire. Washington utilise la menace d`une frappe israélienne pour faire peur aux mollahs. Si tel n’était pas le cas, Israël n’aurait pas établi un lien entre son intervention pour sa sécurité et l’échec du dialogue proposé par un autre Etat.

Le problème est que l’on fait fausse route : les Etats-Unis cherchent uniquement à sanctionner le régime des mollahs pour le forcer à devenir leur allié musulman en Asie Centrale. Ils ont besoin de l’Iran pour couloir de transit et des Pasdaran comme des alliés pour agiter les régions musulmanes de la Chine et de la Russie. Le but n’est pas de fracasser le régime des mollahs, mais de le mater. C’est d’ailleurs pourquoi Washington refuse d’adopter de vraies sanctions dont il a les moyens à lui seul car cela pourrait faire trébucher les mollahs comme 100 frappes israéliennes.

La menace d’une frappe israélienne longtemps utilisée sous Bush  persiste car les Américains n’ont pas trouvé mieux en termes de menaces, les sanctions vraiment efficaces n’étant pas à l’ordre du jour. Il y a une autre raison qui écarte cette frappe militaire : les Etats-Unis ont conscience qu’à l’issue d’une telle attaque, les mollahs pourraient recevoir le soutien onusien des plusieurs Etats (Russie, Chine, Europe) qui exigeraient une entente multilatérale avec leur régime, ce qui renforcerait les mollahs, mais aussi éloignerait pour longtemps la possibilité d’une entente irano-américaine.

Si Washington arrivait au point où il conclurait à une absence de possibilité d’entente avec ce régime, il prendrait la décision d’aider sérieusement ses opposants à qui il refuse son aide pour l’instant. Dans ce cas aussi, ces frappes, unanimement condamnées par tous les exilés, resteront à l’état de projet. C’est pourquoi le retour de cette rumeur stérile est le signe d’un certain enlisement de la diplomatie américaine.

 

Les Etats-Unis doivent arriver à une entente avec le régime des mollahs aussi bien pour accéder à l`Asie centrale que pour pacifier l`Afghanistan (car les mollahs soutiennent également les Talibans) ou encore pour avoir l’oreille de la rue arabe. C’est une nécessité géopolitique ! En échange, Téhéran exige l’impunité au Moyen-Orient, à la fois pour lui-même et ses milices : le Hezbollah, le Hamas et l’armée de Mahdi, présentes au Liban, en Palestine et en Irak. Cette demande est inacceptable car le patron régional est les Etats-Unis et ces régions très sensibles ne peuvent avoir deux patrons.

Pour obtenir gain de cause sans payer ce prix, Washington a entraîné derrière lui le Conseil de Sécurité pour mettre en place des sanktions très mesurées contre Téhéran. S’il avait l’intention de renverser les mollahs, il aurait agi comme en Irak. Mais dans le cas de l’Iran, son objectif était uniquement d’affaiblir les mollahs pour les faire céder et non les renverser car justement en raison de leurs compétences en terrorisme et en propagande islamique, ils seront utiles aux Américains pour islamiser l’Asie Centrale et l’Ouest de la Chine afin de soustraire ces 2 régions pétrolières, gazières et minières du domaine de l’influence russe et chinoise pour les rattacher aux compagnies américaines. La Russie le soutient dans cette approche et la Grande-Bretagne aussi d’une certaine manière puisqu’elle a demandé un gel des sanctions et qu’elle accorde une légitimité régionale au Hamas et au Hezbollah en recevant leur représentant en son Parlement. Aujourd’hui, la situation est sensiblement la même qu’avant l’arrivée d’Obama et la mise en place de son processus d’apaisement : Téhéran ne cède pas. Pour remédier à ce refus qui l’exaspère, Washington a décidé de nuancer le contenu du rapport du novembre 2007 sur l’arrêt des activités nucléaires militaires iraniennes.