La conférence Durban 2  de Genève a été marquée par un nouveau discours d’Ahmadinejad sur Israël et le boycott des nombreuses délégations en protestation à ce discours obsessionnel. Ne pas analyser ce discours serait une erreur : ce discours n’est pas une obsession idéologique, mais une nécessité tactique pour un projet plus vaste.

 

Ce charmant groupe de miliciens défenseurs des droits de l’homme a tout de même réussi à rencontrer le président suisse Hans-Rudolf Merz (son pays est un important partenaire commercial). Merz (ci-dessous) avait émis une seule condition à la rencontre : pas de photo le montrant en train de serrer la main d’Ahmaghinejad. Ils ont donc parlé gaz et pétrole sans se serrer la main !

 

Officiellement, l’objet de cette proposition est d’éviter les risques d’un nouveau conflit, mais il s’agit de préserver un important contrat gazier et leurs exportations vers l’Iran qui est le 4e clients des produits suisses au Moyen-Orient (après l’Arabie Saoudite, les EAU et Israël). Ces exportations s’élevaient à 433 millions de dollars en 2002 et ont atteint 1 milliard et 274 millions de dollars en 2005-2006 (soit 3,3% du marché iranien). Ainsi en 2005-2006, la Suisse devient le 8e pays fournisseur des mollahs. En 2004, les suisses ont même fait encore mieux en se placant à la 7e place avec 1 milliard et 462 millions de dollars (et 4,5% du marché iranien). Les produits suisses les plus exportés sont les machines outils (41.3%), les produits pharmaceutiques (27.5 %) et les produits chimiques (13.5%).

A la veille de son arrivée à Genève sur un fond de polémique, faut-il lui serrer la main ou pas, Ahmadinejad annonce la couleur en déclarant qu’Israël est le « porte-drapeau du racisme ». Pour une fois, ce n’est pas un slogan, mais un vrai discours de fond.

 

Depuis moins d’une semaine, le régime des mollahs a changé le ton de ses discours : il est désormais offensif sans être agressif. Ainsi hier, Ahmadinejad n’a plus fait aucune illusion à la nécessité de détruire Israël, pas plus qu’il n’a effleuré le sujet sensible de l’holocauste : il a uniquement émis une opinion très critique à l’encontre du sionisme comme le feraient les représentants anonymes de la rue arabe.

 

« L’idéologie et le régime sionistes sont les porte-drapeaux du racisme… Les sionistes pillent les richesses des nations en contrôlant les centres de pouvoir du monde et ont créé les conditions pour que rien ne puisse être dit au sujet de ce phénomène diabolique dont les effets pèsent sur les habitants des nations… Le sionisme global a recours à tous les moyens possibles pour étouffer les voix innocentes contre la tyrannie ».

Ce discours qui n’enfreint pas les règles morales fait partie de la nouvelle identité révolutionnaire du régime des mollahs : le défenseur des intérêts de tous les musulmans sur l’arène internationale et aux Nations Unies, pas uniquement l’allié agitateur du Hezbollah.

Si en Occident, l’accent a été mis sur le contenu du discours d’Ahmadinejad et le départ de plusieurs délégations européennes (Finlande, France, Grande-Bretagne et Pologne) ; en Iran, le régime des mollahs a insisté sur la marginalité de cette protestation et sur le succès de son nouveau discours auprès des délégations qui sont restées.

 

L’objectif de ce discours n’est pas de surprendre les Israéliens, mais les Américains. Ce discours est d’ailleurs une réponse aux efforts entrepris par l’administration Obama d’impliquer l’Iran dans un processus de dialogue et d`apaisement afin de lui imposer des compromis globaux incompatibles avec son rôle d’agitateur régional.

 

Téhéran a en fait anticipé ces compromis, pour priver son adversaire américain de ses revendications de changement ! Désormais son langage est celui des autres Etats musulmans, mais il le dit plus haut et plus fort sans peur du politiquement incorrect qui habite les alliés arabes ou musulmans des Etats-Unis. Le changement de ton des mollahs, maîtres en art du populisme, donnera ses lettres de noblesse à l’antisémitisme de la rue.

En ce ne sont pas les Israéliens qui doivent craindre le discours d’Ahmadinejad à Genève, mais la Turquie, les Etats Arabes modérés de la région et leur grand frère américain.